Il y a des images ancrées à jamais dans l’inconscient collectif.
En 1954, l’image d’actualité montrant une colonne de 10 000 prisonniers français, qui décrit un "S" parfait dans
un cadre et témoigne ainsi de la reddition des combattants français de Dien Bien Phu est l’une d’entre elle.
C’était la première fois que des troupes d’une nation colonisatrice avaient été vaincues par une armée de libération nationale.
Ce plan a fait le tour du monde. Un plan qui provenait d’un film soviétique consacré au Viêt-minh.
Quand Dominique Chapuis, directeur de la photographie, aujourd’hui décédé, examine ce plan, il constate qu’il a été filmé de plusieurs mètres de haut, d’une grue en mouvement.
Il remarque également que ce plan est suivi d’autres plans, de plus en plus serrés qui cadrent des prisonniers en venant, à leur hauteur, immortaliser la lassitude et la détresse des visages.
Personne ne regarde l’objectif de la caméra. Les soldats français passent, indifférents à la caméra. Les uniformes sont en lambeaux, les tenues disparates, les visages tous mal rasés.
L’image est sans appel : une armée défile, réduite là à une colonne de détenus en haillons !
Tout semble si réel dans ce plan que Pierre Schoendorffer qui faisait partie de cette colonne de prisonniers le recopiera, quarante ans après, dans son film Dien Bien Phu, allant même jusqu’à utiliser le même cadre et le même objectif.
Il y a pourtant dans la perfection du tracé du chemin quelque chose de trop achevé pour être dû au seul hasard...
Cette séquence a été en fait totalement reconstituée près de trois semaines après la défaite de Dien Bien Phu et le plan a été tourné à deux cents kilomètres de la cuvette de Dien Bien Phu.
L’homme qui se tenait ce jour-là derrière la caméra se nommait Roman Lazarevitch Karmen.
En découvrant les autres images d’Indochine que Karmen a filmées, Dominique Chapuis découvre qu’elles ont toutes été mises en scène...
Il écrit alors une histoire intitulée INDOCHINE CAMP 107, une histoire qui prend une résonance toute particulière dans le monde d’aujourd’hui où les images sont devenues un enjeu majeur.
C’est ce roman de Dominique Chapuis que je propose aujourd’hui d’adapter librement pour le cinéma en compagnie de l’écrivain Bernard Chambaz...
Gilles PORTE